Vendredi 5 décembre, le Conseil municipal de Jacmel a fait le choix du thème « Jacmel dans nos rêves » pour guider les festivités carnavalesques de l’an prochain. Dans un communiqué rendu public le même jour, la mairie a précisé que « Jacmel dans nos rêves » est un thème « rendant hommage à une ville poétique, visionnaire, riche d’histoires, de symboles et de couleurs, une ville que nous rêvons et que nous construisons ensemble ».
Oui, Jacmel, sur le papier, demeure une ville poétique et chargée d’histoire. Une cité qui n’est belle que sur le web, dans les brochures promotionnelles et dans les discours officiels. Une ville qui rêve dans l’obscurité la nuit et survit au milieu des déchets le jour. Ce n’est certainement pas la ville dont les filles et les fils de la cité d’Alcibiade Pommayrac avaient rêvé.
Une perle touristique ternie
Leur Jacmel, autrefois présentée comme la perle touristique du Sud-Est, voit son image s’assombrir d’année en année. L’absence quasi totale d’électricité et le manque d’entretien de ses infrastructures ternissent désormais la réputation d’une ville longtemps admirée pour sa beauté, sa vitalité culturelle et l’hospitalité de ses habitants.
La maire adjointe, Loudie César, et le Comité d’organisation interinstitutionnel n’ont éprouvé aucune gêne à proposer un thème poétique… parfait pour enivrer les Jacméliens, mais bien éloigné de leurs réalités criantes. Jacmel n’existe que dans les rêves de l’administration municipale. Jacmel n’est pas dans les rêves des Jacméliens mais dans leurs cauchemars. Contrairement aux autorités municipales, ils vivent un tout autre spectacle : une Jacmel souffrant de l’abandon tout en étouffant sous les déchets que même les masques de carnaval ne peuvent masquer.
Une ville que la poésie officielle ne peut plus sauver
Les autorités municipales et le Comité d’organisation semblent oublier cette réalité criante. À leurs yeux, Jacmel est poétique, colorée, visionnaire… Mais pour la population, la ville est un labyrinthe de béton, d’ordures et de promesses non tenues.
Ainsi, si le Carnaval devait avoir un thème qui parle aux habitants, il serait sans doute : « Jacmel dans nos cauchemars », un titre qui interpelle les décideurs et rappelle que la poésie officielle ne remplace pas la propreté, la sécurité et l’attention réelle à la population.
Infrastructures délabrées, quotidien éprouvant
Alors que la mairie a la tête aux festivités carnavalesques, la réalité quotidienne reste difficile pour les habitants et les voyageurs. La RN4, à hauteur de Bassin Caïman, n’a toujours pas été réparée après avoir été détruite par la rivière Gosseline lors du passage de l’ouragan Melissa en octobre dernier.
Une autre voie (menant vers Monchill 3 et Morne Ogé) a été partiellement aménagée : des tracteurs ont nivelé la terre pour permettre le passage des véhicules. Mais le trajet reste un véritable calvaire, avec une route pleine de poussière et d’ornières, compliquant la circulation et mettant à l’épreuve les voyageurs.
Passé le portique d’entrée de la ville, Jacmel vous accueille dans la saleté. De vieilles voitures abandonnées se trouvent sur la droite, dans un garage à ciel ouvert. L’avenue Liberté, plus connue sous le nom de Portail Léogâne, se trouve dans un état de délabrement, bordée des deux côtés par des étendues de boue et de flaques d’eau stagnante.
Arrivé à Marché Geffrard, le spectacle est désolant : eaux usées stagnantes, chaussées défoncées, déchets éparpillés, et marchands installés çà et là. La gare de taxi-motos, qui dessert plusieurs communes — La Vallée de Jacmel, Bainet, Cayes Jacmel, Marigot, et Léogâne — est saturée.
Des marchés transformés en zones de chaos
Au Mache Brezil à Beaudouin, la situation est tout aussi critique. Les marchands s’installent au milieu des ordures. La circulation est anarchique. Les taxi-motos bloqués avec des embouteillages causés par des camions en déchargement. Ce chaos quotidien contraste fortement avec l’image festive et poétique que la mairie veut projeter à travers le thème du Carnaval, rappelant que pour beaucoup de Jacméliens, le quotidien reste un véritable défi. Le marché voisin Mache Chili se transforme en véritable soue à cochons dès la moindre pluie fine.
Le tronçon Jacmel–Marigot se trouve dans un état de dégradation avancée. La chaussée est constellée de nids-de-poule, de crevasses profondes et de larges flaques d’eau qui rendent la circulation difficile, voire dangereuse. Les usagers, notamment les motocyclistes, doivent zigzaguer en permanence pour éviter les portions les plus endommagées, allongeant le temps de trajet et exposant chacun à des risques accrus d’accident.
La voie menant vers Lamandou 1 est fortement dégradée, tandis que celle desservant Lamandou 2 se réduit à une piste poudreuse. Les motocyclistes, tout comme leurs passagers, en ressortent systématiquement couverts de poussière.
La route de La Saline, qui s’amorce un peu plus loin derrière le grand cimetière, reste toujours non aménagée. Alors même que la plage de La Saline accueille chaque week-end un important afflux de visiteurs.
Une ville côtière blessée
Le passage de la tempête Mélissa a laissé des traces profondes sur la plage du boulevard bord de mer, plus connue sous le nom de Lakou New York, à Jacmel. Déjà fragilisée par l’érosion et le manque d’entretien, cette plage emblématique se trouve aujourd’hui dans un état de dégradation avancée. Véritable lieu de détente et de rencontres pour toutes les couches de la population, elle continue néanmoins d’accueillir élèves, étudiants et familles en quête d’un espace de respiration et d’inspiration.
Il y aurait tant d’éléments à mentionner, mais le texte deviendrait trop long. Nous préférons donc souligner ces problèmes qui plongent les Jacméliens dans un véritable cauchemar.
