À 27 ans, Cassandrine Destima mène deux vies qui, à première vue, n’ont rien en commun : celle d’une étudiante en médecine et celle d’une photographe passionnée. Née le 28 septembre 1998 à Plaisance-du-Nord, l’aînée de sa famille vit aujourd’hui à Pétion-Ville, où elle partage son temps entre amphithéâtres, stages et appareils photo.
Une rencontre fortuite avec la photographie
Entrée à l’Université Mont Everest d’Haïti en 2018, elle s’apprête désormais à intégrer le pré-internat. La photographie, elle, s’est imposée plus tard dans son parcours. En 2022, alors qu’elle fréquente régulièrement des espaces culturels, elle assiste à une exposition à la Fokal. Intriguée par un photographe en plein travail, elle se laisse porter par la curiosité et ose manipuler l’appareil. « Je ne savais rien, mais j’ai pris des dizaines de photos. Ce jour-là, quelque chose s’est déclenché en moi », raconte-t-elle.
Séduite par cette découverte, elle se forme à la VIREAH et obtient en 2023 son diplôme dans le cadre du programme Kamera m chanje vim.
« Une émotion difficile à expliquer »
Depuis, capturer le réel est devenu une nécessité. « Je ne sais pas comment expliquer ce que je ressens quand je prends un cliché. C’est la scène, l’émotion, l’énergie du lieu… Tout cela me donne un sentiment incroyable, surtout lors des spectacles et des événements. Ça me pousse à me dépasser », confie-t-elle.
À la maison, son double parcours ne suscite aucune inquiétude. « Ma mère me félicite et m’encourage beaucoup. Elle me dit de foncer, tant que je n’oublie pas mes études de médecine », sourit-elle.
Les obstacles du quotidien
Comme beaucoup de jeunes professionnels, Cassandrine fait face à des difficultés matérielles et sécuritaires. « Il m’arrive de ne pas avoir de quoi payer un transport pour me rendre sur une activité », explique-t-elle. L’insécurité limite aussi sa liberté artistique : « Parfois, je voudrais prendre certains clichés, mais les zones sont occupées par des groupes armés. Je suis obligée de renoncer », regrette-t-elle.
Malgré ces contraintes, son talent lui ouvre des portes. Elle a travaillé pour l’émission Playlist à la RTVC et collabore aujourd’hui avec Les Ateliers Encriture.
S’impliquer pour les femmes photographes
Cassandrine est également vice-présidente de l’AFPHA, l’Association des femmes photographes haïtiennes. Elle souhaite que les femmes et les jeunes filles bénéficient d’un accès accru aux opportunités, aux collaborations et à une réelle visibilité dans le milieu artistique haïtien.
« Une femme qui veut se lancer doit développer une véritable passion, rester concentrée, travailler dur, pratiquer chaque jour et apprendre les notions de base », conseille-t-elle, avec un sourire discret.
Une nomination sur la scène africaine
Sa progression ne passe d’ailleurs pas inaperçue. Cassandrine Destima vient d’être nominée à la 4ᵉ édition des Oscars de la photographie africaine (OPA) 2025, un événement organisé au Togo. Une reconnaissance qui confirme l’ascension de cette jeune femme qui, entre stéthoscope et boîtier photo, refuse encore de choisir.
